Journal

Journal berlinois

Mercredi 3 juin 2009



Le temps, non seulement est pluvieux, mais s’est aussi considérablement refroidi. Ce soir, je retrouve Marc à notre rendez-vous sur Stralauer Platz, tout près de la East Side Gallery. Je viens de me faire surprendre à vélo par une pluie violente, balancée par un vent frigorifiant, juste sur le tronçon sans abri aucun de Mühlenstrasse. J’ai l’impression d’avoir traversé la Spree à gué. Nous allons dans un endroit qui se nomme Maria, indiqué par aucun panneau, qui se situe au bord de la rivière. On se guide au GPS de l’iPhone. L’entrée est à côté du Schilling Brücke. C’est un hangar caché par la végétation, invisible de la rue. Le lieu est tout à fait underground. À l’entrée, un barbecue avec au menu, saucisses ou steaks de cerf grillés. À l’intérieur, un bar où l’on boit de la bière, du Riesling ou du Sekt, un mousseux qu’on accommode avec des sirops. Il fait sombre. Sur un mur est projetée en boucle une vidéo muette de danseuses de revue dénudées, déambulant autour d’une sculpture blanche. On passe du be-bop en fond sonore. Deux rangées de banquettes en gradin attendent les spectateurs plutôt rares. Le temps n’incite pas à sortir. Face au public, une petite batterie, une basse posée à même le sol, une guitare Gretsch sans chevalet et tout un arsenal d’effets électroniques. Ce soir, concert de musique expérimentale avec, Jochen Arbeit d’Einstürzende Neubauten et trois autres musiciens que je ne connais pas. Nous partons pour trois sets de 30 à 45 minutes d’improvisation. Il est étonnant de voir les sons que chacun tire de son instrument. À aucun moment, je n’entends réellement une basse ou une guitare alors que je vois ces musiciens en jouer. La performance sonore est aussi un spectacle en trompe l’œil. Étonnant aussi de se rendre compte que, même dans l’improvisation la plus débridée, il y a un début, un développement et une fin naturels. Marrant aussi de se rendre compte que cette musique expérimentale à quelques années dans les pattes et qu’elle paraît pourtant encore « moderne ». Beaux moments intenses quoi qu’il en soit.