Au fil du temps
BONNE ANNEE 2026 !
Duodi 22 Nivôse CCXXXIV
dimanche 11 janvier 2026
Voilà 2026 qui se radine avec ses rangers. Je relève la tête du guidon après deux ans et demi de travail sur une BD qui m'a emmené en 1916 à Zurich, à la naissance du mouvement dada. J'ai passé des jours et des mois avec des artistes qui, fuyant la guerre, vont révolutionner les arts et je me retrouve à l'aube d'une époque qui mixe ingénument les pires moments du XXème siècle et de la SF dystopique conjugués.
Comme beaucoup, j'ai cru au « plus jamais ça » et à un ordre mondial immuable. Cru que, riches de nos archives, nous saurions déjouer les promesses grossières de dictateurs caricaturaux. Autour de moi, des personnes enclines à un cynisme qu'elles nomment réalisme, me traitent de doux rêveur. Je ne suis pas candide ni même optimiste, plutôt pessimiste positif. Un optimiste pense que les choses finissent par s'arranger un jour, pas la peine de s'en faire; le pessimiste positif estime que ça ne se fera pas tout seul, ça risque d'être long, mais il faut retrousser les manches. Ainsi, une fois le problème réglé par ce dernier, l'optimiste lui déclare « Tu vois, je te l'avais dit ! »
Bien que pessimiste sur la nature humaine et conscient d'être impuissant face à certaines situations, je garde en moi une certaine foi dans l'imprévisible. La loi de Murphy peut s'appliquer aussi au totalitarisme décomplexé. Ça relève de la méthode Coué, mais je n'ai pas trouvé mieux pour sourire encore. Je puise mon endurance dans la nature et dans les arts. Ma curiosité tient tête au défaitisme et m'embarque loin des turpitudes contemporaines.
J'ai beaucoup écouté de musiques en dessinant. Peu de rock et de chansons, essentiellement des musiques de la renaissance et post-romantique, avec une boulimie pour le XXème siècle. De Ravel et Stravinsky à Steve Reich et Pascal Dusapin, tout m'intéresse. J'ai dévoré Shostakovitch, ses oeuvres comme autant d'étapes de son chemin de croix au pays des soviets. Des interprètes remarquables m'ont débouché les oreilles et m'ont emmené loin, très loin. Denis Raisin Dadre et Doulce Mémoire, Vanessa Wagner, Bertrand Chamayou, Pierre Laurent-Aimard, Patricia Kopatchinskaia, Barbara Hannigan, Jean Bleuse et l'Intercontemporain… Je n'avais pas connu une telle frénésie de découverte depuis mes treize ans, lorsque je m'aventurai fébrile dans l'univers du rock en plein Big Bang.
Ces musiciens sont admirables. Il faut les voir interpréter leur répertoire pour apprécier pleinement la richesse créative de celui-ci et le talent de haut vol de ceux-là. Le degré d'exigence pour atteindre une telle maîtrise de jeu me laisse sans voix. Littéralement. L'évolution du milieu musical dans lequel je me meus ne me pousse guère à décrocher un micro. La médiocrité, la suffisance et l'imposture y atteignent des sommets. On a beau me dire - et je me le serine moi-même - que les genres musicaux ne se comparent pas, qu'il y a un temps pour chacun, je ne vois pas mon intérêt à apporter un nouveau caillou à l'avalanche des millions de chansons qui s'éboulent sans discontinuer dans les profondeurs abyssales du streaming où 30% des 40 000 nouveautés quotidiennes sont générées par l'IA.
De plus je crains de me répéter. Paradoxalement c'est sans doute ce qu'on attend de moi. C'est ce qu'on attend généralement d'un artiste qu'on aime ; qu'il nous serve encore une fois ce plat qu'on apprécie tant.
Aujourd'hui l'idée qui m'excite le plus serait d'improviser des non-chansons avec des musiciens surprenants. Pas sûr que cela emballe du monde. De toute façon ce ne sera pas pour tout de suite.
Aujourd'hui je souhaite d'abord goûter au temps libre après ces mois passés, chevillé à ma table à dessin.
Et puis il y a cette bande dessinée qui verra le jour au mois de mai. Je suis impatient d'avoir le livre en main désormais. Je vous en dirai plus en temps voulu.
Bonne année 2026 !
