Journal

Au fil du temps

Novlangue et grande illusion

Tridi 13 Pluviôse CCXXV
(mercredi 1er février 2017)


© Kent Dans l'astrologie chinoise, 2017 est l’année du coq de feu. C'est mon signe, c'est donc mon année.

Il est sidérant de constater aujourd'hui la vitesse de propagation de la connerie. Depuis la campagne de Trump est apparu le concept de « post-vérité » pour signifier que désormais la vérité est en ballotage avec le pire bobard dès lors qu’il est asséné avec aplomb. Ô sentez-vous le doux glissement sémantique du vocabulaire ? La post-vérité, c'est le novlangue imaginé par George Orwell dans 1984. Le contraire de la vérité, c'est le mensonge. En le nommant post-vérité, il change de statut. On le légitime. Ne laissons pas entrer la post-vérité dans notre bouche, notre langue risque de devenir fourchue.
Notre époque a ça de bien qu'elle nous permet enfin de comprendre en direct les dérives insensées du XXe siècle. On se croyait immunisés par la connaissance, préservés par la mémoire, à jamais guéris de la désinformation et de la servitude par la liberté d'expression, et voilà que le « monde libre » remet au goût du jour les dictateurs.
Au fond, c'est captivant. Nous changeons de monde, nous entrons dans les turbulences de l'Histoire comme elle en connaît à l'aube de chaque nouvelle ère, peur et curiosité se tirent la bourre. On peut pagayer en arrière ou bien se laisser porter par le courant, le résultat est le même, il faudra bien franchir ces rapides qui nous précipitent vers un inconnu que l'on espère salvateur.

Plus modestement, mon futur, mon inconnu, c'est LA GRANDE ILLUSION, le nouvel album, que j'ai déjà évoqué dans la précédente newslettre. Son accueil s'avère enthousiaste. J'ai commencé à répéter en vue des concerts à venir et le résultat est très excitant. Mon groupe est composé de Marc Haussmann aux claviers, Didier Perrin à la basse et David Aknin à la batterie. Tous trois ont participé à l'enregistrement, ce qui est la base idéale pour la couleur musicale. J'assure les guitares, principalement électriques. Le choix des titres est compliqué. Je souhaite interpréter les chansons de l'album, mais aussi des anciennes qui retrouvent là une nouvelle jeunesse grâce à notre formation. Il y a tellement longtemps que je n’ai pas joué sur scène avec une rythmique solide ! Je voudrais, au fil du temps, élargir le répertoire pour le plaisir de varier les setlists.

Je ne cours pas après les anniversaires à fêter, il y en a beaucoup trop désormais. Mais mine de rien, 2017 sonne mes quarante ans de carrière. Je n'aurais jamais imaginé, dans le chahut de mes 20 ans, que je chanterais encore aujourd'hui. Ma projection la plus lointaine était l'an 2000 : 43 ans ! C'était de la science-fiction. L'an 2000 m'a semblé le milieu de ma vie, sans plus, sauf que depuis je n'ai pas vu le temps passer. Je me crois encore à mi-parcours de mon existence.

C'est peut-être ça, la grande illusion.