Au fil du temps

VDGG

Octidi 18 Fructidor CCXXIV
(samedi 3 septembre 2016)

 

Je me replonge parfois dans ma discothèque et réécoute des disques de longue date afin de savoir si le temps les a flétris ou bien s'ils ont gardé leur fraîcheur malgré les années. J'essaie d'outrepasser le souvenir, d'avoir une oreille actuelle, de soustraire la nostalgie tout en préservant le contexte musical de leur réalisation. L'objectivation a cela d'amusant qu'elle instruit sur notre sens critique et l'évolution de nos goûts.

 

 

Cet été, j'ai ressorti les premiers albums de Van Der Graaf Generator et ceux de leur meneur, Peter Hammill. Au départ, ses disques en solo et ceux du groupe s'entremêlaient. Ces Anglais appartenaient à la mouvance rock progressif, genre plébiscité à l'aube des 70's, avant qu'il ne se fourvoie dans le surmenage cérébral et la démonstration technique. Van Der Graaf n'aimait pas l'étiquette rock progressif. Le groupe se disait juste issu de l'underground. De fait leur univers sonore grattait pas mal aux entournures. C'était un peu un gant de crin dans la nuit de satin blanc. Ultra flippant pour les fumeurs de joints. C'est sans doute pour cela que je les affectionnais. Leurs compositions dérangeaient, mais exprimaient au mieux les tourments adolescents qui me rongeaient le ventre. Tandis que mes potes de lycée s'adonnaient à Pink Floyd et Genesis, je me retrouvais souvent seul à passer en boucle les disques de VDGG. Je faisais peu d'émules mais tant pis. C'était mon côté rebelle chez les rebelles.

J'ai souvent préféré les exclus et les marginaux en musique. Dans les années 70 frémissantes, Van Der Graaf Generator, les Stooges, David Bowie, Doctor Feelgood et même Gainsbourg relevaient de l'anticonformisme. Je les écoutais tous en vrac. La plupart sont devenus des mythes fondateurs. Pas VDGG. Parce qu'ils n'ont pas fait école ; parce que les imiter était impossible ; parce qu'ils n'étaient précurseur de rien. Leurs références étaient brouillées, leurs visées sans calcul. Ils étaient uniques.

Aujourd'hui, je ne peux rattacher Van Der Graaf et Peter Hammill qu'à mes souvenirs les moins partagés, par conséquent les moins sujets à révision. Ils habitaient hier ma solitude, ils seront encore là demain.
Leur musique est le fil d'Ariane qui me ramène au plus intime de cette seconde naissance qu'est la découverte de notre inclination propre, plus forte que le goût commun et la séduction des modes.

Rappel importun pour certains, pour ma part apaisant.