Journal

Au fil du temps

Fukushima

Quartidi 23 Germinal CCXXIV
(mercredi 23 mars 2016)


© Kent À mon retour du Japon, mon amie Valérie Bour m’a prêté le livre de Mickael Ferrier intitulé « Fukushima, récit d’un désastre ». Mickael Ferrier est un écrivain français qui vit à Tokyo où il enseigne la littérature. Il a vécu le tremblement de terre du 11 mars 2011 dans la capitale, puis la catastrophe nucléaire. Dans les jours qui ont suivi, il est allé à Fukushima apporter son aide à la population locale. Il raconte dans le détail ce que le Japon a vécu à ce moment-là. Les détresses, les colères des victimes et des enquêteurs ; mais aussi les mensonges et l’incurie des responsables nucléaires.

S’inspirant du vocabulaire nucléaire, Mickael Ferrier invente le concept de demi-vie pour qualifier l’existence imposée aux populations dans les sociétés nucléarisées : « On présente une situation complètement anormale comme normale. On s’habitue doucement à des évènements inhabituels. On légalise et on normalise la mise en danger de la vie, on s’accommode de l’inadmissible. Des populations entières réduites au silence et à la résignation, des rejets chroniques et continuels tolérés et même homologués, des déchets intraitables qu'on transmet, toute honte bue, à ceux qui viendront après. Et cette furie se propage le plus tranquillement du monde. C'est la « demi-vie ». Insaisissable, impalpable, nébuleuse et irréfutable à la fois, subreptice et pourtant éclatante dans la limaille des jours, la demi-vie s’impose comme le seul modèle de nos économies et de nos modes d’existence.»

"Fukushima, récit d'un désastre" de Mickael Ferrrier, en poche dans toutes les bonnes librairies.

Quand j’étais ado, mon goût pour la science-fiction et ma foi dans le génie humain me donnaient toute confiance en l’énergie nucléaire. Au fil du temps, en m’y intéressant de près, je suis devenu un farouche opposant.
J’étais à Édimbourg le 26 avril 1986 lorsque a eu lieu l’accident de Tchernobyl. J’ai suivi avec anxiété la progression du nuage radioactif dans le ciel européen. Les actualités anglaises affichaient des cartes qui montraient le parcours du nuage radioactif sur la France et ses contorsions au-dessus de la Manche pour éviter la Grande-Bretagne. En rentrant en France, qu’elle ne fut pas ma surprise d’apprendre que le nuage n’avait pas souillé le ciel français. J’ai ricané amèrement.
Je ricane encore chaque fois que le gouvernement et les nucléocrates nous servent la soupe du nucléaire. J’ai des envies de meurtre. Après Fukushima, comment peut-on encore être convaincu que l’homme maîtrise l’atome ? Comment peut-on se prétendre invulnérable et mettre en danger toutes vies en imposant mordicus une forme d’énergie ingérable à ce jour ?

La catastrophe de Fukushima n’est pas terminée. Elle a commencé le 11 mars 2011 et elle se poursuit toujours, répandant sa radioactivité dans l’océan et sous la terre. Au jour d’aujourd’hui aucune solution n’existe pour l’endiguer. Alors en l’absence de solution, on propose la résignation : la demi-vie telle que la décrit Mickael Ferrier. Déjà un nouveau message fait son chemin en France : nous aurons aussi notre catastrophe nucléaire. C’est inévitable. Comme on est prévenus, on sera mieux préparés que les Japonais à la demi-vie qui nous attend.

PS : sur Facebook, Bridget Kyoto ne lâche rien sur l’écologie.