Journal

Au fil du temps

Das Auto

Tridi 13 Brumaire CCXXIV
(mardi 3 novembre 2015)


© Kent L’actualité coule tel un Mississipi sur nos vies, tantôt calme, tantôt impétueuse, selon les crues et les décrues des informations. Du fait divers à l’ébranlement international, elle nous captive et nous ballote, aiguille nos humeurs sur des exclamations, le temps d’une stupéfaction plus ou moins durable. Et le fil de l’actu en continu ensevelit minute après minute nos délibérations sous les alluvions nouvelles.



© DR Malgré cela, je repense tous les jours à Volkswagen. Sans doute parce que les rues et les routes sont saturées des véhicules de la marque. Ce succès est un antidote à l’oubli. Dès que le sigle apparaît, me revient en mémoire l’énorme scandale automobile. La sidération devant une arnaque aussi démesurée s’est atténuée, mais une interrogation me taraude encore les méninges : pourquoi avoir mis tant d’énergie et de talent dans l’invention d’un logiciel anti-test de pollution aussi élaboré, plutôt que dans la création d’un moteur plus propre ?
Pour être Number One à court terme, explique-t-on. Volkswagen et ses voitures, c’est Lance Armstrong et son vélo. La perpétuation d’un montage de mensonges poussée jusqu’à la mythomanie planétaire.
Je ne roule pas en Volkswagen. Je serai curieux de connaître le sentiment qu’éprouve le conducteur d’une de ces autos aujourd’hui lorsqu’il enclenche le contact. Se sent-il comme l’astronaute de « 2001, l’Odyssée de l’Espace » face à l’ordinateur Hal ? Se demande-t-il si sa voiture lui cache encore des choses ? Peut-être que la climatisation diffuse un gaz euphorisant et la radio des messages subliminaux qui subjuguent le conducteur. Il se croit alors le roi de la route au volant de l’évolution quand il n’est que l’esclave d’une technologie rétrograde.

Fin novembre, je m’envole pour le Japon. Je vais chanter au pays de Toyota, l’ennemi à abattre de Volkswagen. Sur scène, j’oublierai les avanies quotidiennes que l’actualité nous dévoile. Des gens viendront m’écouter pour s’en défaire eux-aussi, le temps du concert. L’offuscation permanente est usante, il nous faut des soupapes pour ne pas finir boule de haine ou dépressif morbide. Sans doute vivons-nous ici plus vieux et plus confortablement que nos ancêtres néolithiques, mais un monde sans pot catalytique et sans l’information permanente, ça devait avoir du bon.