Journal

Au fil du temps

Le streaming

Primidi 21 Brumaire CCXXIII
(mercredi 12 novembre 2014)


© Kent Il y a toujours eu de l’art et des artistes. Les fouilles archéologiques le démontrent. Payé au chapeau, au cachet, en royalties, en droits d’auteur ou pas du tout, l’artiste donne de sa personne. Certains sont durs en affaires, d’autres totalement cigales ; certains populaires d’autres obscurs. Il n’y a pas d’artiste type. Ce sont des individus pour qui l’expression artistique est vitale et qui font tout ce qui est en leur pouvoir pour la pratiquer. Qu’on le rémunère ou non, l’artiste crée, mais faudrait pas abuser.

La nouvelle révolution numérique qui bouleverse nos vies a touché en premier lieu la musique dorénavant offerte gratuitement sur le Net. C’est oublier que la gratuité à un prix. Faire de la musique continue de coûter de l’argent. Bien sûr, on peut désormais enregistrer un disque de qualité dans son appartement avec peu de moyens. Mais cela concerne un certain style de musique. Si vous souhaitez, par exemple, produire un groupe ou un chanteur accompagné de musiciens, il vous faut louer un studio assez grand pour accueillir ce monde, payer les musiciens, les techniciens, le mixage et le mastering, cela représente un budget important. La vente de disques et le téléchargement légal laissent espérer que l’on rembourse un jour les frais.
C’est impossible avec le streaming. La faute n’est pas à l’invention elle-même ni aux plateformes qui en disposent. On ne va pas arrêter le progrès. Suite à une directive européenne, le streaming est considéré comme une vente. Sauf que si l’on compare les revenus d’un stream sur Youtube avec la vente d’un CD ou un téléchargement numérique sur iTunes, le revenu de l’artiste passe de 1 euro à 0,0004 euro. Ça donne le tournis. Sur Deezer, c’est 0,0063 euros. On se sentirait presque réconforté.
Le streaming n’est pas une vente, il s’apparente plutôt à une sorte de radio à la demande, une location sonore, un moyen de diffusion sans équivalent auparavant. Il y a une formule juridique à trouver qui soit équitable pour tous.*



En vérité le streaming rapporte encore peu aux plateformes. En plus d’une juste répartition des revenus, il faudrait que les plateformes multiplient leurs abonnés par millions et qu’elles croulent sous la pub pour qu’au bout de la chaîne, l’artiste touche une somme décente. Il faudrait taxer les fournisseurs d’accès et les appareils rendant possible le streaming. Il faudrait, il faudrait… Pendant ce temps, les artistes sont rémunérés comme des Sri Lankais dans des ateliers de confection clandestins alors que leurs œuvres n’ont jamais été autant exploitées.

Alors si vous, amateurs de musique, souhaitez que vos artistes favoris continuent à vous enchanter, achetez leur travail après l’avoir apprécié en streaming. Et dites-vous que, sans eux, Internet serait bien vide et vos écouteurs aussi.

*Les artistes se mobilisent pour leur défense. En France la GAM (la Guilde des Artistes de la Musique) a pour tâche de faire entendre leur voix et de les replacer au centre des débats et des négociations.