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Du bois dont on fait les guitares

Publié le 30 octobre 2026

Du bois dont on fait les guitares

Nonidi 9 Brumaire CCXXXV (vendredi 30 octobre 2026)

1977

Starshooter allait entrer en studio enregistrer son premier album. J’avais repéré une guitare Music Man Sting Ray II, au son très tranchant, qui aurait été parfaite pour mes parties rythmiques. Malheureusement elle était bien trop chère. Lorsque nous nous installâmes le premier jour, surprise ! elle m’attendait dans sa caisse au pied de mon ampli. Philippe Constantin, notre directeur artistique chez Pathé Marconi, avait eu vent de ma frustration et m’offrait l’instrument. J’étais touché. Je fis grand usage du son « Black & Decker » que j’en tirais, tout au long de l’album et de la tournée qui s’ensuivit. L’identité sonore du groupe à ce moment doit beaucoup à cette Music Man. J’ai recouvert le corps en frêne naturel d’adhésifs aluminium et orange fluorescent pour l’accorder à notre image.

1983

Fin de Starshooter. Je n’utilise plus la Music Man depuis longtemps. Je l’offre à Mickey qui ne possède que des basses. Mais Mickey est gaucher. À l’usage, la guitare à l’envers s’avère incommode pour lui, les boutons de réglages sont juste sous son coude. Il n’en jouera guère. En 2008, Mickey se décide à la vendre à un musicien de sa connaissance.

2026

Un ami à l’affût me signale qu’une guitare de Starshooter est en vente sur le Bon Coin. Je clique sur le lien qu’il m’envoie. Parmi un lot de guitares de belle facture, je retrouve ma Music Man. J’écris un message au vendeur.

«  Bonjour, je suis Kent et je serais intéressé par la Music Man Sting Ray II de l’annonce.

- Excusez-moi, me répond-il. Mais je reçois des messages quelque peu fantaisistes au sujet de cet instrument. Pourriez-vous me décrire la caisse d’origine qui la contient et son aspect sur scène en 1978 ?

- Je n’ai aucun souvenir de la caisse d’origine. Par contre je peux vous dire que la guitare était recouverte d’adhésifs aluminium et orange fluorescent (ci-joint une photo de moi sur scène avec l’instrument). Examinez le manche. Il y a une entaille qui a été colmatée. C’est la trace du tranchant d’une cymbale qui m’est tombée dessus lors d’un concert particulièrement agité.

- Pardon, Kent ! Mille excuses ! Je voulais vérifier que je n’avais pas affaire à un usurpateur.

- Pas de soucis. Je vois que vous êtes à Marseille. Heureux hasard ! Demain je descends passer quelques jours à Sanary. Je pourrais vous rendre visite.

- J’ai un très bon ami à Sanary ! Rendez-vous mercredi à la gare, je viendrai avec la guitare, nous irons chez lui, il a un ampli !

- OK. Je veux juste la revoir et la rejouer un peu. Je ne suis pas certain de l’acheter. »

Sauf que, lorsque je l’ai eue en main et que je l’ai branchée, elle m’a fait le coup de la vieille copine perdue de vue et avec qui le courant passe toujours. Je n’ai pas cherché à retrouver le son « Black & Decker », mais en la réglant différemment, elle m’a donné celui qui me plait aujourd’hui. 48 ans après, ma Music Man Sting Ray II est revenue à la maison. Et dans sa caisse d’origine.

Merci Djangolo (le vendeur) pour ces retrouvailles et le bel après-midi passé ensemble chez Max !