Bons baisers des réseaux
Publié le 2 septembre 2026
Je suis venu aux réseaux sociaux contraint et forcé. J’ai déjà dit tout ce que j’en pense dans le Journal . Je ne m’y suis toujours pas fait. Je ne pratique que Facebook et Instagram. Ce sont des médias d’information, ils me sont utiles pour présenter mon actualité et dénicher celle des autres. Sans eux, comment s’y prendre ? Ils ont remplacé la plupart des sites d’artistes que le public délaisse, pensant que le buzz suffit. C’est bien dommage.
Je continue à croire à l’utilité d’un site. Je persévère à mettre à jour le mien afin qu’il reste plaisant. C’est l’image la plus fidèle de ma personne sur le Net. Je n’ai pas l’état d’esprit de tenir un blog où je répondrais aux commentaires des lecteurs. De même je ne donne pas suite aux messages qu’on m’adresse sur les réseaux. Je n’ai pas le temps pour ça, du moins je préfère le consacrer à autre chose. À la lecture, par exemple.
Les réseaux sociaux évoluent. Que seront-ils demain ? Ce qu’ils sont devenus aujourd’hui est assez préoccupant. Pour un bon point concédé, combien de turpitudes à subir.
Cela pour dire que je tiens à vous remercier, lectrices et lecteurs de cette chronique, abonnés à mes newslettres. Ce que vous avez sous les yeux est le travail d’une petite équipe qui prend à coeur de rester indépendant. Grâce à vous, on y croit.
Sinon, je voulais aussi vous toucher deux mots sur mon silence musical. Je n’ai pas fait mes adieux, disons qu’il s’agit d’un au revoir. Non pas que je n’ai plus d’idées, mais après cinquante ans de bons et loyaux services, je ne sais comment me positionner dans le paysage musical actuel. Le langage technocratique et le pragmatisme priment à tous les niveaux. On monte des coups à risque zéro. Après des années de lavage en machine, les musiques et les goûts se sont affadis. Certes tout est propre, nickel, mais plus rien ne gratte. Ne m’enchante. J’ai trop d’heures de vol au compteur, difficile d’être surpris. Tout me paraît prévisible. Même la marge a ses codes.
Et puis il y a l’époque et ses turbulences. Les gens ont besoin de se distraire, ils n’ont pas envie de prises de tête. Ni en musique ni en paroles. Je le comprends. Est-ce que j’écoute les chansons qui font mal ? Non. Or comment chanter léger en 2026, à mon âge ? Quels sujets s’y prêtent ? Même l’ironie pique les yeux quand rien ne va.
Tout cela peut s’illuminer si le désir se rallume. Une rencontre, une opportunité enthousiasmante et je remonte sur la rampe de lancement. Mais alors se dessinent la sortie d’album, la promo, l’accueil des médias, du public, la possible indifférence, un travail de com’ intense pour attirer les projecteurs sur soi, rabâcher mon passé punk, entendre balancer pour la Xième fois « Betsy Party », « J’aime un pays », « Juste quelqu’un de bien » à l’antenne en guise de CV, comme si je n’avais écrit que trois chansons, comme si le reste ne comptait pas… Combien de fois l’ai-je vécu ? Ai-je envie de le revivre ? Repartir sur la route ? Elle est embouteillée comme jamais, cette route, et je suis loin d’y avoir la priorité.
Depuis que Le Cabaret Voltaire est sorti, je vis au jour le jour, mon agenda est des plus tranquilles, je rends visite à la famille, à des amis éparpillés dans le pays, je voyage, j’improvise mon temps. Je n’avais jamais vécu comme cela auparavant. J’en profite. Je n’ai pas trouvé mieux pour me sentir bien. La musique, on verra bien.