Journal

Journal berlinois

Dimanche 21 juin 2009



La Fête de la Musique a depuis longtemps débordé des frontières de la France. J’étais venu jouer à celle de Berlin en 1997. Je partageais une scène avec le groupe Sawt El Atlas.



Il m’était arrivé une drôle d’histoire. Le Grüner Salon, un cabaret berlinois spécialisé dans la chanson, ayant eu vent de ma venue quelques semaines auparavant, m’avait proposé de venir chanter le lendemain de la Fête de la Musique. Les mails n’existaient pas encore. J’ai eu un échange de fax avec le Grüner Salon qui n’a jamais reçu le dernier où j’expliquais que, malheureusement, mes musiciens n’étant pas disponibles, je ne pouvais pas assurer ce concert. À l’époque, sur scène, je me contentais surtout de chanter et je ne savais plus jouer mes propres chansons. En arrivant à Berlin, je découvris que j’étais annoncé dans le programme du cabaret. Il y avait déjà des réservations. Yvonne, la programmatrice, me supplia de rester, ne serait-ce pour chanter qu’un quart d’heure afin de ne pas trop décevoir sa clientèle. Elle pouvait encore trouver un artiste pour assurer la fin de soirée. Muriel Boisson, qui m’accompagnait alors au piano et au violon, était la seule de mon groupe a n’avoir pas d’obligation. Elle accepta volontiers de faire la pianiste pour ce mini-tour de chant impromptu. Nous répétâmes quelques titres l’après-midi et, le soir, je montai sur scène après un discours d’Yvonne, racontant à l’auditoire l’histoire du fax perdu et expliquant pourquoi je ne pourrai me produire qu’un quart d’heure. J’ai chanté plus d’une heure, le public ne voulait plus nous lâcher, Muriel et moi. Je lui suis encore reconnaissant d’avoir su improviser des accompagnements au fur et à mesure que je suggérais de nouvelles chansons. C’est un des plus beaux souvenirs de mon métier et c’était déjà à Berlin.



Aujourd’hui je chante, mais pas en public. Je répète avec Marc pour le concert de mercredi à Genshagen. Son studio, à Prenzlauer Berg se trouve à côté de Zredzkistrasse où une scène a été montée et où Element of Crime va jouer en fin d’après-midi. Nous nous y rendons après notre travail. Il fait beau. Il y a foule aussi et la scène est ridiculement petite. D’où nous sommes, si je me mets sur la pointe des pieds, je distingue juste les cheveux du bassiste. Nous battons en retraite près d’un débit de bière où nous ne voyons plus le groupe, mais où le son est très correct pour apprécier encore le concert. De toute façon, les musiciens d’Element of Crime ne sont pas des bêtes de scène, nous ne perdons pas grand-chose. Des amis de Marc nous rejoignent.



Nous allons ensuite dîner chez Fella’s, restaurant italo-berlinois, où l’on peut manger des pâtes aux scampi, accompagnées d’une caïpirinhia, sans choquer aucun gourmet. Un orage éclate. Le temps change soudainement. La température baisse très vite et la pluie persiste. Malgré tout, avec Marc, nous décidons d’aller boire un dernier verre au « Zu mir oder zu dir » (littéralement « Chez toi ou chez moi »). Ce sera des White Russians, histoire de se réchauffer à la santé de Big Lebowsky.