Journal

Journal berlinois

Vendredi 19 juin 2009



J’ai rendez-vous à midi à Zille-Markt sur Bleibtreustrasse avec Isabelle Nicolas, professeur à la Freie Universität. Le Zille-Markt est un bistro ancien à la Berlinoise, où l’on ne servira jamais de tofu et de lait de soja. La carte propose du consistant, du solide, du lourd. L’intérieur est décoré de dessins de l’illustrateur Zille qui croqua les Berlinois avec humour et tendresse au début du XXe siècle.



Je passe ensuite à l’Institut Français tout proche pour l’autre partie de l’exposition Comic-Kunst. Là, sont accrochées les planches des dessinateurs. Je repars tardivement de l’Institut, après avoir fait le tour de tous les gens que je connais maintenant dans les lieux.



Je suis invité à dîner chez Patrick qui habite au-dessus de sa librairie Zadig. Nous discutons de choses et d’autres en écoutant le dernier Sonic Youth en boucle. À un moment, Myriam, la compagne de Patrick, évoque le nom de Stéréo Total, un binôme pop franco-berlinois qui sévit depuis quelques années maintenant dans la capitale. J’ai lu ce matin dans Zitty, la revue des sorties culturelles de la ville, que le groupe se produisait ce soir, à côté de chez moi, à minuit, au SO 36, sur Oranienstrasse. Myriam bondit de joie. Elle veut absolument les voir. En trente secondes, nous laissons Patrick avec les enfants qui dorment et la vaisselle en vrac et partons à toute allure à Kreuzberg, elle en taxi et moi en vélo.



Myriam a beaucoup fréquenté le SO 36 lors de ses premières années à Berlin. C’est un club légendaire, menacé de fermeture à cause des nuisances sonores. Le concert de Stéréo Total est une soirée de soutien au club, la première de toute une série, afin de collecter l’argent nécessaire à l’isolation des murs. La faune est bigarrée. Les punks côtoient les étudiants et les jeunes touristes. La salle est bien foutue. La petite scène est assez loin du bar pour que les amateurs de bière et d’éructations puissent s’en donner à cœur joie sans trop déranger les auditeurs. Stéréo Total, c’est un peu Rita Mitsouko, toute première formule. Françoise Cactus chante en français, en anglais mais surtout en allemand avec un accent à couper au couteau. On dirait une tenancière d’hôtel de province. Elle joue parfois de la batterie ou de la guitare sommaire. Bretzel Göring assure le lancement des samples et les sons électros, aussi la guitare rythmique, un peu de batterie. Il saute de partout autant qu’il peut. Les chansons sont de la pop décalée et joyeuse, sans prétention. On est là pour s’amuser, c’est tout. Et ça le fait.