Journal

Journal berlinois

Mercredi 17 juin 2009



Rendez-vous à Schöneberg avec Markus Mueller pour préparer l’exposition de photos. On voit ensemble si tout est correct au niveau des textes accompagnant les images et la présentation qui en est faite.



Je descends tout au sud de la ville, à Zehlendorf. Je vais prendre le thé chez Gisela, la doyenne de ma rencontre à la Freie Universität. Elle habite dans le quartier paisible du Botanischer Garten. Toutes les rues ont des noms de fleurs. J’ai affaire à une vieille dame pétillante qui, aujourd’hui, est devenue comédienne et donne des spectacles pour les personnes âgées dans les hospices. Elle est ravie de me parler des deux Allemagnes telles qu’elle les a vécues. Sa famille était de l’Est, mais elle fut élevée à l’Ouest par sa marraine quand le pays fut scindé en deux. Nous parlons longuement, nous questionnant tour à tour sur nos vies et nos patries réciproques.



Je rentre à Kreuzberg pour retrouver Marc et Corinne au Gotischer Saal où a lieu une soirée télé en public. Je ne sais plus qui organise cela. Une équipe a investi une très belle salle voûtée, haute de plafond. En son centre sont installés en cercle des écrans plats géants, tout autour il y a des fauteuils, des poufs énormes, des chaises. À l’entrée de la salle, il y a un buffet où l’on vient se faire son plateau-télé à base de bouffe comme on en mange chez soi devant un film ou un match. Cacahuètes, chips, hot-dogs et bonbons mous synthétiques. On se sert une bière au bar et l’on va s’asseoir en rond face aux télés. Un présentateur annonce le film de la soirée : JCVD avec Jean-Claude Van Damme. Il y a un invité de marque : la doublure-voix allemande de Van Damme. Il raconte une ou deux anecdotes et le film commence. Pendant la projection, des masseurs viennent vous masser la nuque et les épaules. Entracte pour les fumeurs et pour refaire des provisions ; un petit speech du présentateur, encore une ou deux anecdotes de la doublure, un mini-concours pour gagner deux DVDs et l’on se remet dans le film.



Voilà une soirée hype à base de rien, où l’on se retrouve à faire, avec un regard distancié, ce que l’on juge ringard le reste du temps : s’écrouler devant un Van Damme en bouffant des cacahuètes et en buvant de la bière. Oui, mais c’est à Berlin et, de plus, le film n’est pas mal du tout, dans le genre mise en abîme du personnage. Du coup, nous voilà spectateurs au second degré d’une mise en abîme. C’est vertigineux ! Caution intellectuelle garantie.