Journal

Au fil du temps

Hong Kong et la musique

(mercredi 7 mai 2003)


En 1996, je me suis rendu au MIDEM Asie, à Hong Kong. J’ai chanté dans un club au 12e étage d’un building d’entreprises qui, la journée, grouille d’employés affairés et le soir n’est hanté que par les gardiens et les techniciens de surface.

J’ai chanté devant un public de Français, mais là n’est pas le propos.La journée, quand vous marchez dans les rues de Hong Kong, vous baignez dans un flot continu de Chinois pour qui vous n’avez pas plus d’intérêt qu’un rocher pour une rivière. D’ailleurs il suffit de s’arrêter de marcher pour se rendre compte que le flot humain vous contourne comme un cours d’eau sans cesser de couler. On ne vous prête aucune attention. Mais là n’est pas le propos.

Dans une rue marchande, encombrée d’étals de nourritures odorantes et de vêtements bon marché, il y avait un jeune homme debout dans la moiteur épaisse de la ville, en cravate et bras de chemise, un portable à l’oreille. À côté de lui se trouvaient une table et une chaise pliante où était assise une jeune femme à l’allure de secrétaire qui tapait un texte sur un PC portable. Posé sur la table devant elle, un panonceau en chinois et anglais nous apprenait que ces trois mètres carrés de trottoir étaient une agence immobilière. Chaque matin ces deux-là venaient poser leur "bureau" à ce coin de rue ; chaque soir ils le remballaient et partaient prendre leur métro, leur entreprise sous le bras. Hong Kong est entièrement consacré au commerce.

De 6 heures du matin à 21 heures, tout le monde travaille, travaille. À peine une pose à midi dans le jardin botanique au flanc du Peak, dans le meilleur des cas. Le soir, les gens rentrent chez eux fourbus, font une bise à leurs mômes et dodo. Le quartier des restos branchés et des bars de nuit n’est fréquenté que par des touristes ou des VIP qui arrosent leurs voyages d’affaires. On se rapproche du propos.

Partout où je voyage je cherche à entendre et découvrir la musique locale, les chansons qui se font, les artistes qui comptent. Je suis entré dans les magasins de disques de Hong Kong. Même si tous les habitants ne sont pas bilingues, toutes les enseignes des magasins sont en chinois et en anglais. Le rayon consacré à la variété locale est le seul à ne pas bénéficier d’une traduction, comme pour signifier que cela ne peut intéresser que les gens d’ici. Je demande à un vendeur de m’indiquer les chanteurs et chanteuses qui valent le détour et si je peux les entendre. Sans me prêter plus d’attention qu’aux disques qu’il étiquète, il me range à un point d’écoute et me joue ce qui lui tombe sous la main. Tout se ressemble. Vous avez tous entendus cela dans le restaurant chinois de votre coin. Voix sucrées sur tapis de miel. J’exagère un peu. La musique est légèrement plus soignée. Les pochettes présentent de jeunes vedettes aux visages lisses et souriants. Aucune aspérité. Je n’ai pas pu écouter un seul artiste underground. S’ils existent, je me demande encore où ils sont. Hong Kong en 1996 produisait 220 albums de variété par an. Tous identiques. Et les gens adorent. Ils en redemandent.

Au MIDEM les producteurs asiatiques locaux recherchaient des compositeurs pour les fournir en chansons au kilomètre qu’ils achètent cash. Les droits d’auteur ? Pourquoi faire ? Plus de création, que de la production.

Comme je suis aussi de nature curieuse dans mon propre pays, j’ai voulu entendre ce qui sort de Pop Stars et Star Academy. J’écoutais ces disques tout en lisant les nouvelles nationales. Et bien voilà, ça m’a rappelé ce voyage à Hong Kong en 1996. C’était mon propos.

À part ça, c’est un printemps du tonnerre pour faire pousser des légumes et la glycine a rarement été aussi belle.

À suivre...