Journal

Journal berlinois

Mardi 16 juin 2009



Longue virée à vélo dans Berlin, au sud de Neuköln tout d’abord, pour aller voir Tempelhof, le plus vieil aéroport commercial au monde, où aucun avion ne se posera plus, à la déception de pas mal de Berlinois qui le trouvaient très utile de par son emplacement. Si les pistes sont condamnées à ne plus vibrer au rythme du trafic aérien et à disparaître un jour, le bâtiment principal circulaire de 1230 m de long, classé monument historique, connaîtra une fin plus heureuse. Déjà certaines parties ont trouvé d’autres fonctions. Il s’est monté un très beau studio d’enregistrement pour orchestre dans ce qui fut les bureaux de la CIA. Peut-être est-ce parce que la compagnie est partie en abandonnant ses micros… Le studio s’appelle le Candybomber-Studio, en référence au nom (Rosinenbomber) donné par les Allemands aux appareils britanniques et américains acheminant la nourriture durant le pont aérien de ravitaillement de 1948-49.



Je continue ma route sur Dudenstrasse et descends les années jusqu’à Hauptstrasse pour arriver en 1976, au numéro 155 de l’avenue, devant l’immeuble qui hébergea Bowie et Iggy Pop, venus s’exiler ici pour se ressourcer. Cela donnera la Trilogie berlinoise pour l’un et quelques titres mémorables pour l’autre dont « Passenger », chanson sur ses virées nocturnes dans la ville. Je remonte au Tiergarten par la Bundesallee pour me rendre au musée Helmut Newton. Tirages superbes et nombreux, photos magnifiques, froides, élégantes, drôles, ambiguës. Une salle est consacrée au culte de la personnalité d’Helmut Newton. On y voit, outre des photos de sa vie privée et les coupures de presse vantant son talent, sa dernière auto, son bureau reconstitué, ses costumes favoris… Ça frise le ridicule et l’impudeur – voir les lettres et les fax de condoléances de stars adressés à June, sa femme, à la mort de Newton.



Retour à Kreuzberg pour un concert de musique classique à la Nicodemus Kirsche. Jean-Philippe Sylvestre, un jeune pianiste canadien, exécute en privé des œuvres de Rachmaninov, Ravel, Liszt, Chopin et Prokofiev avant un concours important qu’il doit bientôt passer. Il a rameuté tous les gens qu’il connaît, y compris des inconnus croisés dans le métro. Nous sommes une cinquantaine. Je suis venu avec Marc, invité par Romain qui travaille pour la Gazette de Berlin.



Après le classique, l’électro japonais, sans transition. Marc et moi nous rendons dans l’allée du 39, Rosenthalerstrasse, où je suis allé voir, la semaine dernière, The Year of the Horse, en cinéma de plein air. Toujours au fond de l’allée, en face du Central Kino, le Eschschloraque nous accueille dans une ambiance tamisée. On y boit entre autre du vin rouge. « Gut oder besser ? » vous demande la serveuse. Le bon ou le meilleur ? Prenez le meilleur. Ce soir, Midori Hirano, fraîchement installée dans la ville, donne un petit concert modeste. Sa musique électronique est très marquée par la musique traditionnelle japonaise. C’est souvent maladroit dans les mises en place, dis-je. C’est pour cela que c’est charmant, me répond Marc. Il y a une toute petite communauté d’artistes japonais à Berlin, mais ils sont très actifs dans toutes les manifestations d’avant-garde.