Journal

Journal berlinois

Vendredi 12 juin 2009



Malgré la pluie, j’arrive à me rendre dans Mitte, à la librairie Zadig, sans trop être mouillé. Je retrouve Patrick Suel dans son antre. Tout en échangeant avec lui quelques propos, je rôde dans les rayons à la recherche du livre idéal pour ma fin de séjour berlinois. On se comporte avec un libraire de confiance, comme avec son médecin. On décrit les symptômes qui nous travaillent et lui, par tâtonnements, conclut à un diagnostic et nous propose le médicament littéraire qu’il nous faut. Après avoir pris et reposés de multiples ouvrages tournant autour de Berlin, Patrick sort de sa manche un recueil de nouvelles fraîchement traduites en français, intitulé MAISON D’ÉTÉ, PLUS TARD – traduction littérale du titre allemand, « Sommerhaus, später ». L’écrivain, Judith Hermann, est berlinoise. Patrick ignore que je l’ai entendue, le 17 mai, à la soirée lecture du BKA où elle avait fait un tabac. Voilà, ce livre m’attendait.



Je me rends ensuite, toujours sur les conseils de Patrick, chez son disquaire situé non loin de la librairie, sur Friedrichstrasse. Je pénètre dans un magasin ne payant pas de mine, bourré de Cds et de vinyls de tous les styles, neufs et d’occasion, avec un rayon impressionnant de réédition numérique de rock progressif. Il y a à Berlin, beaucoup de petits disquaires spécialisés, la plupart du temps, en disques d’occasion ou d’électro ou dans le hardcore punkoïde. Rares sont ceux qui font tout à la fois. Je ne sais pas si les disquaires ici ont survécu à la grande distribution ou bien s’ils ressuscitent pour satisfaire les goûts des tribus marginales ignorés par celle-ci. La seconde hypothèse me plait davantage que la première car elle laisse augurer que la France pourrait connaître la même chose.



Le baromètre a l’air de s’être stabilisé sur froid et humide et le ciel semble dégagé. Je vais sur Rosenthalerstrasse, dans cette allée dont j’ai déjà parlé. Ce soir, le Kino Central qui se situe au fond de l’impasse, fait cinéma en plein air et projette « Year of the Horse », le documentaire que Jim Jarmusch a réalisé sur Neil Young et le Crazy Horse. Je suis un peu en avance. Un couple de Japonais ont improvisé une gargote devant le cinéma, et propose de la cuisine de chez eux. C’est tout simple, il n’y a que deux plats : Riceball (un Euro) et Red Curry (deux Euros). Je goûte les deux et c’est franchement bon. Puis je m’installe pour la projection du film dans un confortable canapé de salon, disposé avec une quinzaine de chaises, dans la cour attenante au cinéma. Je connais très peu Neil Young, mais le film est intéressant et le son parfait.