Journal

Journal berlinois

Jeudi 4 juin 2009



Je me rends seul aujourd’hui à la Freie Universität pour une rencontre avec des étudiants. Katrin Schielke est en déplacement. L’université est située au sud-ouest de Berlin, à Zehlendorf, dans un quartier calme de villas cossues. Le bâtiment est moderne et d’une architecture élégante. La bibliothèque située en son centre, à cause de sa forme extérieure ovoïde et ramassée, a été baptisée The Brain. À l’intérieur, ses balcons circulaires rappellent le musée Guggenheim de New York. Je suis accueilli par Isabelle Nicolas, organisatrice de la rencontre. Les étudiants sont divers et variés, tous n’ont pas le même âge. La doyenne est une dame de 72 ans qui m’écoute attentivement me raconter quand ce devrait être le contraire. Elle doit parler merveilleusement bien de Berlin. La rencontre est très animée, aucun temps mort.
Nous évoquons ce phénomène qui fait que l’on est plus créatif dans le désespoir que dans le bonheur. Lorsqu’on est heureux, on a juste envie de profiter de ce bel instant. Tenter de l’exploiter pour en faire quelque chose, c’est déjà le gâcher. Par contre, il est salutaire, quand on est artiste, d’exprimer sa douleur pour s’en guérir. L’Art est une thérapie. Et l’on arrive à ce paradoxe qu’au mieux l’on exprime sa douleur, au plus on est en joie. L’effet se prolonge d’ailleurs chez le spectateur, l’auditeur ou le lecteur qui va trouver lui aussi un apaisement, une satisfaction à voir, entendre ou lire une juste description de son mal-être.
Ne pas confondre le bonheur et l’humour imposé. On cite souvent le nivellement par le bas de la création artistique, jamais son nivellement par le rire. Le rire forcé comme analgésique pour anesthésier les points sensibles.



Je termine ce cours forcément magistral par des chansons avant de me rendre au resto U avec Isabelle Nicolas pour un déjeuner bavard et sympathique.



Je retrouve Kirsten pour une promenade autour de Görlitzer Park et sur les bords du Landwehrkanal. Elle me fait découvrir l’Edelweiss, un bar dans le parc que je ne soupçonnais pas si accueillant. Il est juste en face d’une fontaine en décomposition qui me paraissait être une fausse ruine de théâtre romain. En fait, il s’agit d’une reproduction d’une fontaine turque de Pamukale. Ce fut une copie conforme de l’originale en son temps, pas si longtemps.
L’architecte avait poussé le soin du détail jusqu’à utiliser la même qualité de pierre. Il avait juste oublié que ces pierres, durant l’hiver berlinois, se fendraient sous le gel et s’effondreraient.