Journal

Journal berlinois

Mardi 12 mai 2009



Je ne peux pas croire que le musée de la Stasi n’existe plus. Mes amis berlinois ne savent pas me renseigner. Aucun n’y a mis les pieds, certains en ignorent l’existence. Il n’est pas non plus mis en avant dans les guides touristiques.
Je me rends à nouveau dans la Normannenstrasse et, cette fois, je trouve l’entrée située dans la cour entourée d’immeubles, sans aucune indication fléchée pour y accéder.
La visite se fait sur trois étages. Dans le hall d’entrée est exposée une petite camionnette ravissante, un genre de camping-car des années 60, avec un rideau en dentelles sur la vitre de la portière latérale. Comme la portière est ouverte et, grâce à un miroir habilement placé, on découvre alors que l’intérieur est un fourgon cellulaire peint en gris, comprenant cinq cellules d’un demi-mètre carré de surface chacune. Le véhicule servait à enlever et transporter discrètement les récalcitrants au régime.
Les pièces et les vitrines du musée sont remplies de gadgets plus ou moins sophistiqués du même acabit : cravate-micro, appareil photo dissimulé dans des vestes avec bouton servant d’objectif, livre émetteur, fausse bûche caméra... Beaucoup de panneaux écrits, généreusement illustrés, racontent dans le détail les principaux faits de la Stasi et de ses opposants. Malheureusement tout est en allemand uniquement.
Le clou de la visite est l’étage d’Erich Mielke, l’ancien chef de la Sécurité. C’est une longue suite de bureaux et de salons, comprenant aussi une partie privée avec chambre, cuisine et cabinet de toilette. Tout est entretenu tel quel. On déambule dans un décor froid, oppressant et impersonnel, sans faste aucun, chichement décoré, mais avec mauvais goût, d’ornements à la gloire du Parti. Bustes, tapis, portraits, tout est marxiste-léniniste. J’essaie d’imaginer si telle chaise ou telle console feraient chic ou sourire dans ma maison, mais rien n’y fait. Peut-être cette carpette murale rouge à l’effigie de Lénine...
C’est absolument fascinant de voir à quel point le réalisme-socialisme soviétique fuyait la jouissance des sens et l’exubérance artistique. Pour ses représentants les plus stricts, le papier millimétré devait être l’ultime aboutissement pictural.
J’ai du temps pour passer à la librairie Zadig, sur la Linienstrasse, dire bonjour à Patrick Suel. Zadig est LA librairie française de Berlin. Corinne Douarre me l’avait faite découvrir deux ans auparavant. J’avais rencontré Patrick avec qui j’avais pas mal parlé de musique. Je le retrouve avec plaisir dans ses murs. Nous conversons de choses et d’autres entre la pièce du fond où ne sont présentés que des livres roses, thème de l’exposition du moment, et le trottoir ensoleillé. J’en profite pour acheter HERR LEHMANN, le roman de Sven Regener, chanteur du groupe Element of Crime. Il vient d’être traduit en français. Son histoire se déroule à Kreuzberg en 1989. Le livre a eu un grand succès en Allemagne et a même été porté au cinéma.
Je quitte Zadig pour faire mon courrier à l’Ambulance Café, situé tout près, sur la Oranienburgerstrasse, à côté de Tacheles, le squatt le plus fréquenté du monde.