Journal

Au fil du temps

De retour de Mars pour un Panorama

(mercredi 3 décembre 2008)


C'est une drôle d'année qui s'achève. Le premier semestre s'est déroulé sous le signe des étoiles en compagnie de L'HOMME DE MARS qui se demandait, tel l'émigré moyen, s'il allait pouvoir rester sur sa terre d'accueil malgré un atterrissage remarqué, du moins par ceux qui ont bien voulu lever la tête de leurs téléphones portables à téléchargement musical illimité. L'été est arrivé et son cortège de festivals où l'on écoute de la musique comme on boit un Coca a eu raison de la patience du Martien qui, discrètement, est retourné sur sa planète natale.

Jean-Claude Vannier, arrangeur de génie, raconte que, suite à l'insuccès de MELODY NELSON, Gainsbourg et lui avaient bataillé dur pour se refaire une crédibilité auprès des radios. Pour Gainsbourg, artiste "difficile", ce fut le temps des albums low-budget. "Vue de l'Extérieur", "Rock around the Bunker" et même le sublime "L'Homme à Tête de Chou" furent réalisés avec des bouts de ficelle. Tout dans le style, rien dans le portefeuille. Il lui faudra attendre "Aux Armes etc…" pour regagner l'estime des ondes et, par conséquent, du comptable de chez Philips. C'est à ce genre d'anecdotes qu'on se raccroche afin de ne pas se raconter qu'hier les médias étaient plus sensibles qu'aujourd'hui. Ils étaient tout aussi désinvoltes, rien n'a changé donc tout est normal, il faut faire avec. La mélancolie, puits d'inspiration prodigieux, sait brouiller l'esprit avec beaucoup de mauvaise foi.

Le PANORAMA TOUR à deux guitares est un excellent antidote à la neurasthénie. Pour autant l'idée n'est pas née par dépit. Je l'ai en suspens dans la tête depuis des années, depuis que j'ai écouté GAINSBOURG CONFIDENTIEL (encore lui) et les deux premiers albums de Julie London dont le fameux Serge s'était grandement inspiré. Bien sûr, je ne comptais pas faire du jazz de fin de nuit à leurs façons, mais j'imaginais dépouiller mes chansons de plusieurs couches de vêtements parfois superfétatoires afin de les exposer dans le plus simple appareil ou, à la rigueur, en tenue de bain affriolante. Les présenter sous un jour nouveau, redonner du goût à des titres trop remâchés, faire découvrir les laissés pour compte, ceux que la distraction a oubliés sur l'aire d'autoroute et, pourquoi pas, en étrenner de nouveaux. La formule du duo ne m'est pas étrangère. Il m'est arrivé par le passé de me produire en "simple messieurs" avec Arnaud Méthivier, un CD collector accompagnant l'album JE NE SUIS QU'UNE CHANSON en témoigne. Mais Arnaud à l'accordéon, c'est déjà un orchestre. C'est lors d'une tournée africaine en 2004 que j'ai réellement inauguré l'accompagnement à deux guitares. La mobilité et la réactivité que le duo procure sont jouissives. On peut décider, une heure avant de monter sur scène, de répéter un nouveau titre dans la loge et le jouer le soir même. Il est ainsi aisé de changer un répertoire au gré de l'humeur. Aujourd'hui cela relève de l'impertinence, ce qui n'est pas pour me déplaire.

Comme je l'exposais la fois précédente, la musique est entrée dans une phase industrielle qui ne touche pas uniquement les structures de production et de diffusion. Elle formate aussi les artistes qui se plient au jeu au nom de l'efficacité. On assiste souvent à des concerts copiés-collés d'où la moindre improvisation est bannie. Même set-list, même entrée de scène, mêmes rappels soir après soir et surtout même délire programmé pour un parterre de dupes dont je préfère croire qu'au prix où ils ont payé leur place ils inclinent à faire semblant de ne rien remarquer plutôt que de s'avouer pigeonnés par des effets de manches (de guitare, bien sûr). Dans ces concerts d'ailleurs, les spectateurs mériteraient d'être rémunérés en tant que figurants car, sans leur bonne volonté à se laisser diriger, la star se révélerait peu brillante et le show bien froid.
Je donne l'impression de faire le malin ? C'est que, depuis le succès de la Maroquinerie, j'ai un culot de jeune premier. En route vers de nouvelles aventures, loin des rêves en demi-mesure.
PS : "Un chien dans la gorge" et "N'oublie pas mon petit cadeau", deux livres de Charles Nemes qui m'ont mis en joie bien qu'ils m'aient volé des heures de sommeil.