Journal

Au fil du temps

Chanter la Grande Illusion.... que faire d'autre ?

Quintidi 15 Germinal CCXXV
(mardi 4 avril 2017)


© Kent En janvier 2012, avant l’élection présidentielle, j’écrivais ceci .

Cinq ans plus tard, nouvelle élection, la maîtresse est toujours là. Les Français qui n’en veulent pas sont consternés qu’une bonne partie de la population souhaite un régime totalitaire en guise d’embellie. C’est difficile à admettre et pourtant. En Turquie, en Hongrie, aux États-Unis, en Russie, des gens sont satisfaits de leur gouvernement. Des gens qui pensent qu’il y a trop d’étrangers sur Terre ; qu’être différent d’eux, c’est être anormal ; des pour qui la liberté est une entrave au bonheur ; qui trouvent que l’universalité est contraignante ; des qui, croyant éradiquer l’intégrisme, tombent dans le piège qu’il nous a tendu ; des qui préfèrent le mensonge à la vérité si ce mensonge leur lisse le poil. Des bourrus, des renfrognés, des craintifs, fiers d’être flatté dans leur méfiance par les histrions du boniment ; qui prennent la nostalgie peinte en bleu pour un ciel radieux.

Que c’est lourd à se coltiner le patriotisme, la mère nation, l’identité pure souche… ces simulacres par lesquels il faut se définir. Français pour toujours, Français avant d’être humain. Le génie et la bêtise revendiqués pareillement, sans distinction, au nom d’un drapeau. On se détache du monde en suivant le pointillé tricolore.

L’Histoire est névropathe. Voici revenu, du fond de la vase, le temps des grandes gueules et de leurs gros bras. Finalement l’humanité ne peut pas se passer de l’effet de balancier entre la lumière et l’obscurité. Tout progrès éclairé de la conscience a sa doublure en rideau de fer. Au saut dans l’inconnu, certains préfèreront toujours le retour au joug, la raideur à la quête d’harmonie. Et le bon peuple qui ne veut pas se casser la tête, finit invariablement par se laisser convaincre.

Alors je chante l’espoir comme on attise les braises d’un feu fragile sous le vent d’hiver. Je chante pour ceux-là qui s’inquiètent comme moi. Je chante aussi pour ceux-ci qui se laissent embobiner, en me disant que les certitudes réfrigérantes ne tiennent, après tout, que par des mots et que, si je trouve le bon, elles pourraient bien fondre.

Je chante la grande illusion. Que faire d’autre ?