Journal

Au fil du temps

Emotion post-Bataclan

Octidi 18 Nivôse CCXXIV
(jeudi 7 janvier 2016)


© Kent Les émotions, ces états de conscience qui sont le piment de nos existences, sont sollicitées sans relâche par l’actualité, c’est rien de le dire. L’information continue les kidnappe en permanence et ne leur laisse aucun répit. Tout est dans l’immédiateté. La raison et la réflexion sont à la rue. Seuls la réaction épidermique et l’esprit d’à-propos ont droit de parole.

Dès le lendemain de l’attaque du Bataclan, les artistes étaient sommés de s’exprimer, sans respect pour la douleur éprouvée ni la décence exigée face au drame. Nous devions montrer qu’on était solidaires et unis dans la défense du milieu musical et de son public. On comptait encore les morts et les blessés que des pétitions étaient rédigées réclamant plus de sûreté dans les salles de spectacle. Une campagne publicitaire se montait pour encourager les spectateurs à ne pas déserter les concerts. On en oubliait que des terrasses aussi avaient été dévastées. Je ne tiens pas à savoir qui ont eu ces idées. Je les mets sur le compte de l’émotion, l’émotion qui ne sait plus ce qu’elle fait quand on lui lâche la bride.

L’émotion, c’est la matière première d’une chanson, ce que l’on ressent et ce que l’on doit faire passer. Si ce n’est pas par les mots, c’est par la musique. Même lorsqu’elle est chantée d’une voix blanche sur un fond sonore mécanique, une chanson engendre une impression qui provoque une émotion.
On pourrait penser qu’avec cette fin d’année 2015 riche en émotions, l’inspiration ne sera pas en reste. Seulement voilà. Que dire qui n’a pas été dénaturé déjà à force d’être rabâché ? Comment le dire ? Je repense à des chansons que j’ai déjà écrites : « Les années pires », « La haine est là », « On a marché sur la terre », « Welcome to my paradise », « Happiness et moi », « Notre Terre », « Orang des villes », « Qu’est-ce que c’est le monde ? », « J’aime un pays », « Tout est là »… même « Chez les autres » avec Starshooter. Ai-je envie de me répéter ? A-t-on envie d’entendre des chansons qui traitent encore de cela ?

Pour mes concerts au Japon en décembre, j’ai cherché une chanson japonaise, connue là-bas et facile à apprendre. J’ai découvert que l’adaptation de « Aux Champs Élysées » de Joe Dassin était un incontournable succès. Les Japonais qui sont venus me voir et que j’ai rencontrés, étaient très émus par ce qui venait d’arriver en France. La chanson de Dassin parle de ce que Paris représente aux yeux du monde : la ville de l’insouciance et de la joie de vivre. Il y est question de flânerie, de badinage, de musique, de danse et d’amour. Tout ce que cherche à tuer les terroristes. « Aux Champs Élysées », dans ces circonstances, a pris des allures de manifeste. Sans pathos, elle redresse mieux le moral que mille chants guerriers.
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Haut les cœurs pour 2016 !