Journal

Au fil du temps

Dr Hervé & Mr. Kent

Sextidi 16 Fructidor CCXXII
(mardi 2 septembre 2014)


© Kent En cherchant quoi dire pour le Journal, je ne peux m’empêcher de penser aux événements marquant de l’été. Quand bien même j’ai vécu des beaux moments musicaux, faits de belles rencontres, passé des vacances dépaysantes, dès que je redescends de mon petit bonheur autonome, Gaza, l’Ukraine, l’État Islamique, la consécration par l’Église de l’intervention armée américaine en Irak, le socialisme à la française, le jour du dépassement … toutes ces chouettes activités humaines reviennent en vagues incessantes à mon esprit.
Je grommelle, je vocifère, je me désole, je ricane. Je m’auto-interviewe pour entendre mes réactions afin d’en tirer une chronique bien sentie à mettre en ligne et puis… Comme tout un chacun qui ne se rêve pas homme providentiel, je mesure mon impuissance et la vacuité de mon opinion à chaud. En quoi serait-elle plus intéressante que celles qui déferlent chaque seconde sur le Net ? Mon statut d’artiste me donnerait du crédit. Peut-être. Sans doute.

Certains artistes et personnages publics sont en représentation permanente. La vie est leur théâtre, leur existence une mise en scène. Je ne suis pas de ceux-là. J’ai plutôt le syndrome “Dr Hervé & Mr Kent”. Ce dédoublement n’est pas voulu. Je l’ai découvert adolescent, la première fois que je suis monté sur des tréteaux pour faire le pitre. J’étais inspiré et ça plaisait. En bas de l’estrade, je redevenais commun. Aussi, lorsqu’on me reconnaît dans la rue, je suis souvent pris au dépourvu. Je suis surpris qu’on m’identifie au chanteur qu’on a vu sur scène ou en photo. Bien que flatté, je pense que l’on se trompe de personne, mais je ne peux pas le dire, ça paraîtrait insensé.

Il n’y a pas besoin d’être artiste ou personnage public pour comprendre cette sensation. Je crois que tout le monde l’éprouve en prenant du recul dans les liens sociaux que l’on tresse avec les autres, en famille, au travail, dans nos loisirs. On est acteur permanent du personnage récurrent que l’on attend de nous ou des différentes facettes que nous souhaitons présenter selon les circonstances. Même la solitude est parfois prétexte à se prendre pour un autre. Lorsque seul avec soi-même (déjà cette expression !) on s’interroge sur sa vie, qui interroge qui ?

Kent, qu’est-ce que tu en penses ?

PS : Avez-vous remarqué que dans 90% des films américains il y a une scène de douche ?

PS 2 : je vous conseille d’aller voir le film “Maestro” si vous ne l’avez pas déjà fait. Même si vous êtes fan de Bruce Willis. Surtout si vous l’êtes.