Journal

Au fil du temps

Durer, la belle affaire

Tridi 23 CCXXII
(lundi 12 mai 2014)


© Kent À 17 ans, à la naissance de Starshooter, on s’était dit qu’on arrêterait le groupe à 25 ans, avant d’être vieux. « Too old to rock’n’roll » nous semblait parfaitement justifié dans les mid-70’s quand on voyait les Stones ou les Who jouer les divas de la jet set. Surtout ne pas finir comme eux. 25 ans était le bon âge pour se retirer du rock avant d’être grotesque.
Pour un ado de 17 ans, tout adulte de plus de 30 berges est un vieux. Les chanteurs trentenaires vus de loin paraissent déconnectés de la réalité de la jeunesse. À 17 ans, il m’était impossible de me projeter dans l’âge adulte. Pas seulement comme chanteur mais comme être vivant. Non pas que je souhaitais mourir jeune, mais parce que j’allais faire du surplace temporel, rester jeune à jamais. Par choix.
À 25 ans Starshooter s’est dissout. Non pas par respect de la date limite fatidique, mais parce que notre motivation s’était épuisée. Est-ce un hasard de concordance ou pressentions-nous cela à 17 ans ? Je l’ignore.

J’ai continué à écrire des chansons et à les chanter. À 35 ans je connus la consécration en tant qu’auteur-compositeur-interprète. Je me disais qu’il était temps parce que selon mes critères, j’étais vieux. Or je faisais toujours partie de la nouvelle jeune génération d’auteurs-compositeurs-interprètes. On pouvait donc être encore jeune à 35 ans. Formidable ! J’avais raison : rester jeune est une affaire de choix. Les années qui ont suivi m’ont semblé identiques les unes aux autres. J’étais dans une boucle, non sur une ligne droite fuyante.
Mais alors que ma motivation restait entière, je réalisais par certains signes que je n’étais qu’un chanteur à la mode. Tous les chanteurs sont à la mode d’un moment. Certes certains chanteurs plus accessibles, plus malins, plus représentatifs d’une époque que d’autres durent plus longtemps. Je souhaitais connaître ce sort pour ne pas avoir l’impression d’œuvrer pour rien. Mais il fallut que je me rende à l’évidence, je n’étais pas de ceux-là.

Je me suis alors interrogé sur ce qui me motivait à écrire encore des chansons et à les proposer au public. Chaque nouveau disque s’accompagne de son lot d’angoisses quant à la manière dont il sera accueilli. L’actualité préfère les jeunes chiens aux vieux loups. Malgré cela le plaisir de chanter reste entier parce que je continue d’apprendre et de me surprendre. Et tant que des gens me diront « Je viens de vous découvrir, j’aime ce que vous faites » je me sentirai d’attaque.
Mais un jour je tirerai ma révérence. C’est noté dans mon agenda. En attendant je chante soir et matin, je chante sur mon chemin.

PS : allez voir « Her », le film de Spike Jonze, regardez votre ordinateur d’un autre œil avant qu’il ne vous juge.