Journal

Au fil du temps

Itinéraire Bis

Septidi 17 Floréal CCXXI
(vendredi 3 mai 2013)


© Kent « Dites-moi. Dites-moi comment retenir l’attention dans ce flux infini de goélettes sonores qui voguent devant vos fenêtres et coulent et s’échouent et rejoignent le non moins infini océan de la volatilité ? »
Ainsi pensé-je chaque jour un peu, beaucoup, à la folie, mais jamais pas du tout, avant de me ressaisir et de revêtir ma tenue de combat et un air détaché.
Lorsqu’on me demande pourquoi j’ai choisi une direction aussi radicale pour mon dernier disque, j’avoue que je n’ai fait qu’obéir à la volonté des chansons. Ce n’est pas faute d’avoir tenté d’autres habillages, mais dès que piano et voix ont résonné ensemble les chansons m’ont étreint et se sont exclamées : « Voilà ! Ça, c’est nous ! » Elles avaient raison. Et ça m’a fait un bien fou. Elles m’ont apprises des choses sur moi, m’ont épanoui. Un chanteur, un interprète, un arrangeur surtout doit écouter les chansons. Nous sommes des passeurs de l’inspiration, ses traducteurs. Il en est de même en littérature, au théâtre ou au cinéma. Les personnages ont leur vie propre. Il faut savoir l’appréhender, la mettre en lumière. En musique, quand on pratique un genre, on peut rater quelque chose en cherchant à tout prix à plier l’inspiration à ses goûts. Trop souvent les genres formatent les goûts et vice versa sans tenir compte de la spécificité de la source.
Voilà. J’ai laissé les chansons du Temps des Âmes mener la danse et elles m’ont emmené en terre inconnue. J’aurais pu m’y retrouver seul, isolé du goût des autres. Ce n’est pas le cas. Comme lorsqu’on ose un plat pour la première fois et que les invités s’exclament : « Mais c’est ultra bon, ce truc ! Tu fais ça comment ? » Ça se passe chez vous, pas au restaurant. En général, le restaurant propose dans son menu ce que les clients connaissent déjà. Un menu de restaurant, c’est une playlist en radio qui décide de vos choix sans éveiller vos goûts. Pourtant les oreilles tout comme les papilles aiment les bonnes surprises. Et la surprise est d’autant meilleure qu’elle était ni souhaitée ni même envisagée.
Alors merci à vous qui faites fi du genre et du goût commun et me confirmez que la figure libre vaut d’être tenté.

Sur scène aussi je me suis rarement senti aussi bien. Ne ratez pas les concerts. J’ai hâte de vous voir.

PS : sur les conseils de mon ex-prof de français de terminale Féerie Générale d’Emmanuelle Pireyre, je lis et je l’en remercie. Une belle claque littéraire !