Journal

Au fil du temps

Le prix de l'indépendance 2

Primidi 6 Frimaire MMXII
(lundi 26 novembre 2012)


© kent L’artiste aime être détaché des contingences de la vie quotidienne. Il veut son esprit libéré des contraintes économiques et traverser la vie sans calculette. Comme la plupart des gens certes, mais avec cette excuse que telle est sa destinée à lui, cormoran que ses ailes de géant empêchent d’aligner des chiffres.
Pour cela, l’industrie du disque qui veut son bien a inventé très tôt le contrat d’artiste. En échange de la propriété de ses œuvres, elle s’occupe de lui réserver des studios et de payer les frais d’enregistrement. Pour subvenir à ses besoins pressants, il peut demander une avance qui sera remboursable sur le petit pourcentage que la compagnie lui octroie. C’est un bon système pour se soucier de rien. Il est exploité, mais il s’en fout, il n’est pas mercantile. Et puis si le succès est là, il s’en sort plutôt bien. J’ai vécu ainsi de nombreuses années et puis j’ai fini par être gêné qu’une maison de disques possède mon travail à perpétuité alors que je ne m’entends plus avec elle ou bien que la personne ou l’équipe qui m’a signé n’en fait plus partie.
Fin de contrat, je m’engage dans l’aventure indépendante.

Vive la liberté, vive la propriété !

Mais aussi bon retour sur Terre ! Je vous épargnerai les tableaux de gestion qui incombent au statut d’indépendant. C’est mon arrière-boutique et je m’en accommode bon gré mal gré. J’ai choisi avant tout l’indépendance car elle me permet d’être autonome et d’entretenir une relation directe avec vous, public chéri et mystérieux. Cette relation ne consiste pas à me plaindre des inconvénients de mon statut, soyez rassurés. Mais il faut que vous gardiez en tête la différence entre un artiste signé dans une major comme décrit précédemment et un artiste indépendant comme votre serviteur. Je n’ai pas le même budget de com’ qu’une major, Facebook et autres réseaux dits sociaux, ont leurs limites et je ne vais pas pianoter des nuits entières sur le Net pour faire du buzz sur mes faits et gestes. Alors si ce que je propose vous paraît digne d’intérêt, faites-vous en l’écho auprès du plus grand nombre.

En disant cela, je ne pense pas qu’à moi, mais à tous les artistes qui choisissent d’être autonome.
On a salué et défendu la naissance d’Internet parce qu’il rendait possible ce désir. Ce n’est pas pour qu’aujourd’hui nous laissions les moteurs de recherche décider de nos goûts, de nos clics et de leur portée.
Je me suis personnellement abonné aux newsletters des artistes indépendants qui m’intéressent et quand ils n’en font pas, je vais rendre visite à leurs sites pour flairer où ils en sont. Un site officiel est un atelier-galerie. Il est le reflet de celui qui l’occupe. On n’y surfe pas comme dans les hypermarchés électroniques qui pullulent désormais. On le parcourt nonchalamment, on s’y s’attarde, car il est conçu pour le plaisir de l’amateur dans le sens premier du terme*. Amateur et non client ou consommateur, amateur et non fan écervelé, c’est ainsi que l’on vous voit d’ici, de notre maquis.

Contrairement aux belles clairières cachées au fond des bois que l’on chérit en secret de crainte que la foule ne les dégrade, n’hésitez pas à faire découvrir à autrui les sites d’artistes qui vous plaisent. La foule virtuelle est invisible, pas de danger d’attroupement intempestif.

Je le répète : « L’indépendance a un prix, ça s’appelle la confiance. »

Voilà qui est dit. Je retourne à l’album à venir dont vous aurez des nouvelles d’ici vite.

*amateur, trice [amatZY, tYis] n.
• XV e; lat. amator
Personne qui aime, cultive, recherche (certaines choses)
.

PS - Voici une liste non exhaustive de sites indépendants d’artistes que j’affectionne :
> David Byrne
> Charlelie Couture
> Elvis Costello
> Joe Jackson
> Nano
> Neubauten
> Stan Ridgway
> Sam Phillips
> Suzanne Vega
> Rodolphe Burger
> Alexis HK
> Los Lobos
> Nin

Vous en trouverez d’autres sur mon site à la rubrique LIENS