Journal

Au fil du temps

Facebook

Quintidi 17 Messidor CCXX
(vendredi 6 juillet 2012)


© kent Dans l’extrait 35 de mon Journal daté du 24/01/09, je racontais mon arrivée sur Facebook®. Je décrivais l’ambivalence de ma position de personnage public qui ne sait pas qui il doit accepter comme ami et pourquoi, les plaisirs et les désagréments consécutifs à l’appartenance à un réseau social, toutes les choses absurdes et ambigües que cela entraîne.
Quatre ans et demi plus tard, je vous annonce que j’ai fermé mon profil Facebook. Je ne garde que la page officielle, écho de la newslettre pour les abonnés au réseau. La raison est simple et multiple. D’abord Facebook était devenu malgré moi une distraction chronophage. Je recevais un flot incessant d’invitations et de notifications. Je ne pouvais m’empêcher d’aller rendre visite à des “amis” pour lire leurs statuts et m’enquérir de leurs nouvelles. Je me surprenais à m’intéresser qu’un “ami” ait bu un bon café, ait photographié son chat, attende un métro qui n’arrive pas. Je lisais les commentaires que les autres laissaient. Je faisais cela très vite et mal, coupable et honteux de perdre du temps avec des brèves de comptoir parfois pertinentes, c’est vrai, drôles aussi, mais néfastes à la concentration, à la rêverie, au silence mental. Je regardais en cascade les vidéos YouTube® que les amateurs de musique, souvent nostalgiques, affichaient sur leurs murs. Et les heures tournaient.
Je voyais bien la futilité de tout ça, mais c’est tellement sympa de faire partie d’un tout, de se sentir entouré. Et puis cette réactivité permanente a fini par me saouler. Comme dans les soirées avec plein de monde. On discute de tout pour en rire, on ne va jamais au fond des choses, c’est rasoir à la longue, et la réflexion est poussée vers la sortie comme sur un escalator aux heures de pointe. Lorsqu’il m’arrivait (si rarement) de poster un lien pour une cause qui me semblait juste et méritoire, j’avais beaucoup moins de retour que pour une photo comique. Et j’ai fini moi-même par ne désirer que du frivole, du cooool ! du . C’est la nature humaine. Celle-là même qui fait dire à Bad-Kent que l’Homme est ainsi fait, qu’on ne le changera pas, qu’il n’a que ce qu’il mérite. Si l’on pense autrement on est un doux rêveur, on se fait des illusions.

Ok. D’accord. Alors je suis retourné à mes illusions, j’ai fermé mon compte Facebook. Ça me laisse plus de temps pour préparer l’expo de septembre (voir la newslettre) et écrire les nouvelles chansons du prochain album. Ça me laisse plus de temps aussi à consacrer aux autres doux rêveurs qui m’entourent et poursuivre ensemble nos illusions qui n’en sont pas puisqu’on en vit.

Bonnes vacances à tous



Pour les vacances PS : pour agrémenter celles-ci, je vous suggère de lire VIE SAUVAGE de Jil Caplan (éditions XXIème siècle) et CINÉRAMA de Berbérian (éditions Fluide Glacial) en écoutant LA CHAMBRE ROUGE de Claire Lise (label La Chambre Rouge)