Journal

Au fil du temps

L'art de la provocation

Sextidi 11 Pluviose CCX
(samedi 30 janvier 2010)


Je me trouve mou, terriblement normal. Je ne suis ni très beau ni laid. Je ne suis pas alcoolique ni junkie, je ne suis pas fou à lier. J’ai mes névroses que je maîtrise comme je peux, maniaco-dépressif qui prend sur lui. Je tance mon égocentrisme à longueur de temps. Je n’aime pas faire de mal ni du tort aux gens, même ceux qui m’insupportent. Bref je ne suis pas prêt à sacrifier la raison à l’autel du bad guy. Pourtant cela aide à la reconnaissance. C’est un sacré raccourci, presque une nécessité. Les artistes malins usent des débordements. Gainsbourg était un champion en la matière. Si aujourd’hui on parle encore si bien de lui, ce n’est pas uniquement pour son empreinte artistique, mais parce qu’il avait su mettre en scène ses obsessions et son mal-être. La renommée légendaire ne se bâtit pas sur la modération, mais dans l’excès. Sa vie privée était publique. Il en jouissait. Je dois avouer que c’est sa réputation de séducteur louche et ses paroles ultra-érotiques qui m’ont amené à sa musique. S’il avait été moins indécent, sa carrière aurait été moins passionnante, c’est certain.
Gainsbourg commet des impairs, il fait des faux-pas, qu’importe. La postérité se charge de les rewriter. C’est amusant de voir comment la légende, une fois lancée, retourne à son avantage les faits peu glorieux. Comment on finit par dire que « I want to fuck her » adressé à Whitney Houston par le pervers pèpère que Gainsbourg était devenu serait en fait un hommage à la chanteuse. Si, si, je l’ai entendu dans une émission.

À l’époque où Starshooter jouait la provoc’ en chantant « Get Baque », on reprenait « Le poinçonneur des Lilas », hommage ouvert au bonhomme. Si je suis honnête avec ma mémoire, j’aurais aimé me comporter comme lui. J’en avais le culot et le talent n’était pas encore une notion préoccupante. Je me disais même qu’il résultait du culot. Le culot vise à marquer d’abord les esprits, ensuite il s’arrange avec les conséquences. Il ne faut pas craindre de faire du mal et de se ramasser des cannettes en retour. C’est grisant, mais c’est usant aussi. Dès qu’on se demande si le jeu en vaut la chandelle, c’est foutu. La reconnaissance à tout prix n’est pas compatible avec le bonheur durable. C’est peut-être ce qui a acculé Gainsbourg à l’alcool forever. C’est sans doute ce genre de destin qui m’effraie. Self-destroy. Et puis j’aime trop les jardins secrets pour tout mettre en vitrine. Mais certains jours, comme aujourd’hui, je m’en veux de passer pour un mec gentil. Ça ne fait pas rêver, un mec gentil en 2010. À ma décharge, il faut dire aussi que le culot et la provoc’ sont désormais des produits d’appel. Ça ne sent plus le soufre, mais la combine. C’est trop souvent un palliatif au manque d’inspiration.
Que faire, que dire ? Voyons… Hier je suis tombé sur les dernières photos de Jeanne Cherhal, je la trouve hyper bonne. I want to fuck her.

Ça va, ça ?