Journal

Au fil du temps

Panorama n'est pas un best of

(jeudi 29 octobre 2009)


Savez-vous que l’avenir de 99 % des films au cinéma se joue à la séance de 14h, le jour de leur sortie ? Si un film ne remplit pas immédiatement les salles, il est euthanasié pour laisser le passage au tombereau d’images de la semaine suivante.
On n’en est pas encore là en musique, mais on s’y achemine. La cadence de production est soutenue. Il n’y a jamais autant eu de choix, il faut bien faire un tri. Je compatis alors au trop-plein de sollicitations des chroniqueurs et des programmateurs, obligés d’user de vils subterfuges pour se soustraire aux relances d’attachées de presse opiniâtres. Mais faudrait pas déconner.

ARGUMENTS SPÉCIEUX A L’ENCONTRE DE « PANORAMA » ET LEURS RIPOSTES TACTIQUES

« PANORAMA est un BEST OF.
- C’est plus un autoportrait musical qu’un BEST OF. D’ailleurs J’AIME UN PAYS, ALLONS À LA CAMPAGNE, PARTOUT C’EST LA MERDE, TINY TINTO, MACHINE À LAVER*, MA VIE C’EST DU CINÉMA*, etc… en sont absents.
- Oui, mais c’est une compilation quand même. Je ne chronique pas les compilations.
- C’est une relecture rafraîchissante de chansons connues et méconnues. Pour le public qui suit Kent, c’est l’occasion de retrouvailles originales et pour ceux qui le découvrent, elles représentent ce qu’il est aujourd’hui.
- Il n’y a pas assez d’inédits.
- Si l’on remasterisait les Beatles, par exemple, juste pour tirer profit de leur fonds de catalogue, on ne pourrait qu’approuver la réticence des magazines honnêtes à devoir en parler. De même si l’on sortait une compilation du défunt Michael Jackson, l’exploitation pourrait outrer les journalistes scrupuleux. Heureusement on n’en est pas là. Par contre réinterpréter entièrement des chansons, pour certaines oubliées, les chanter en duo, en proposer des nouvelles afin d’offrir une vision panoramique d’un répertoire, la question n’est pas de savoir si cela est inédit au sens étymologique, c’est d’en comprendre la démarche et d’apprécier le résultat. L’avez-vous écouté ?
- Non, mais… Kent, je connais. Je l’ai vu en 1992 au Café de la Danse.
(ou bien)
- Je l’ai vu avec Starshooter en 1978.
(ou bien encore)
- Trop branché pour ma radio.
- Trop mainstream pour ma revue.

Ces deux dernières remarques me suivent depuis le premier 45 tours de Starshooter comme une ombre entre deux chaises. Choisis ton camp, chéri. Les générations passent, les chapelles restent, l’ouverture d’esprit est remise à la Saint-Thiéfaine. L’argument massue des gardiens de temple est qu’ils donnent à leurs lecteurs, auditeurs, téléspectateurs ce qu’ils attendent. Or chaque année une exception vient mettre à mal ce principe et l’année suivante, l’exception devient une recette.
Tandis que des meneurs d’opinion décident de ma légitimité, la chanson PANORAMA grignote les ondes radios par la bande, la tournée s’étoffe et l’album a dû être repressé pour satisfaire la demande des disquaires.

Ô sacro-saint public, vaste Mer des Sargasses, où les Conquistadors s’engluent à trop vouloir te plaire et finissent laboureurs de varech, viens, je t’attends dans mon panorama, le regard vierge et les mains nues.

*titres de Starshooter

PS 1 : vu Rodolphe Burger en concert-dessins à la Fondation Cartier. Il jouait avec son groupe, Dupuy et Berberian dessinaient sur sa musique. C’était fabuleux.