Journal

Au fil du temps

Inventaire 2002

(samedi 12 octobre 2002)


Voilà, le cyclone est passé et un nouvel album sort.

Au vu des chambardements de l’an passé et ne sachant pas ce que me réservait l’avenir, je m’étais donné comme programme de faire chaque chose en son temps et que ce temps ne soit pas compté. Mais la raison planificatrice ne tient jamais compte du hasard. En juin dernier, je suis allé chanter au Bistrot Musique de la radio sarroise, accompagné simplement par Arnaud Méthivier et ma guitare. J’ai rencontré, ce soir-là, Corinne Douarre, une chanteuse française installée à Berlin depuis quelques années. On a sympathisé, humainement et musicalement, et lancé une idée en l'air : " Et si on chantait ensemble à Berlin ? " Des idées comme ça, il y en a plein qui s’envolent au plafond pour ne jamais retomber. Celle-ci se réalise. Nous voilà à échanger des mails et des coups de fil en permanence pour aboutir en novembre à la UFA, un club berlinois. En juillet, j’ai revu une amie qui travaillait à la réalisation d’une exposition à Tokyo sur le thème des bijoux. L’artiste appelé à mettre en scène cette exposition, avait imaginé onze tableaux de projections vidéo sur des mannequins grandeur nature, placés devant des écrans d’environ 3 mètres sur 2.

Les mannequins s’animaient grâce à des masques d’acteurs filmés, les vêtements étaient virtuels et mouvants et sur les écrans défilaient des paysages mi-réels mi-3D. Chaque tableau devait avoir sa propre musique. La difficulté venait du fait que les onze tableaux se trouvaient dans la même pièce et que chaque film, monté en boucle, n’avaient pas la même durée (ils tournent autour des 2mn.30s). Les onze musiques, au fil d’une journée, allaient donc se décaler. Je me suis proposé pour les faire. Le challenge m’a plu car il me permettait de travailler sur le concept de musique aléatoire qui m’excite énormément.Y’a pas que la chanson dans la vie, y’a aussi le doux frisson de l’inconnu. J’ai composé dans une même tonalité pour tous les tableaux afin d’éviter les dissonances. Chaque pièce musicale avait sa propre identité et participait aussi à une ambiance générale toujours changeante selon la déambulation du visiteur et le moment de la journée. Le faire fut un régal, mais travailler dans les temps me plongea dans un suspense digne de "Mission Impossible". La production était très en retard et je reçus les montages finaux des films en catastrophe. J’ai livré la dernière musique à Roissy, après une nuit blanche et un bug d’ordinateur de dernière seconde, une heure avant qu’ils embarquent pour le Japon. On eut à peine le temps de vérifier sur un PC portable, dans le hall de l’aéroport, que tout marchait.

Orlika, avec qui j’avais joué dans le film, "Un samedi sur la Terre", et pour qui j’avais écrit quelques paroles, m’a demandé de venir chanter sur l’album qu’elle réalise enfin après des années d’errance dans des couloirs de maisons de disques. Rien n’est encore gagné, mais les chansons sont là. Aujourd’hui, le plus difficile n’est pas d’enregistrer un disque, mais que celui-ci soit distribué correctement.

Tom Novembre m’a aussi demandé de pousser la voix sur un de ses titres. J’ai écrit des paroles pour mon ami, Jeff Bodart. Aussi pour Thierry Romanens. On m’a recruté pour d’autres chansons que je n’ai pas su refuser et maintenant le temps m’est compté. Je vois arriver ma prochaine tournée à grandes enjambées et j’ai tout le répertoire à concevoir.

Et tous ces livres que je n’ai pas le temps de lire (ni d’écrire), ces films et concerts que je n'ai pas le temps de voir, ces disques que je n'ai pas le temps d'écouter. À part Noites do Norte de Gaetano Veloso qui passe en boucle à la maison. Sans parler du temps de ne rien faire qui est nécessaire à l'inspiration afin de vivre autre chose, autrement.

À suivre...